Inspirations

Le Vivant, un patrimoine de 3,8 milliards d’années d’Intelligence Collective entre les espèces

Le Vivant comme inspiration

Une raison d'être

Qu'est-ce ?

La Raison d’Être d’une organisation exprime ce qui la meut, le sens que revêt son existence dans ce monde. Sa mission mais aussi la manière, la coloration particulière avec laquelle elle l’accomplit.

Á quoi ça sert ?

Formuler la Raison d’Être d’une organisation sert à affirmer son identité, à l’interne comme à l’externe. Á attirer à elle les partenaires et clients dont la Raison d’Être implicite ou explicite résonne avec la sienne.
Elle est aussi, pour ses acteurs, une boussole servant à ajuster ses actions, à ne pas se perdre dans l’océan des opportunités et sollicitations.

Comment la définit-on ?

Sa formulation répond à deux questions entremêlées :

  1. Qu’est-ce que notre organisation apporte au monde ?
  2. Comment le monde vient-il chercher notre organisation ?

Croiser les réponses à ces 2 questions permet d’ajuster l’aspiration interne aux besoins extérieurs et éviter ainsi de gaspiller son énergie dans des projets qui ne rencontreraient que peu d’échos.
Au démarrage de son activité, une organisation ne peut répondre qu’à la première question. Elle réajustera, avec le temps.

Formuler la Raison d’Être est une des premières étapes de la mise en place d’une gouvernance participative. Elle se réalise à l’aide de pratiques d’Intelligence Collective avec tout ou partie des acteurs de l’organisation.

La raison
d'être d'adn

Pourquoi ?

La première version de la Raison d’Être d’adn était « Être autrement humains sur cette Terre ». Avec le temps, « la manière dont le monde est venu chercher » mon activité s’est transformée. Des sollicitations de plus en plus nombreuses m’ont appelées à transmettre, tout en continuant à explorer, avec mes clients, mes collègues, les personnes qui se forment avec moi, une voie qui n’en est encore qu’à ses débuts. La Raison d’Être d’adn a donc évolué.

Explorer et transmettre comment être autrement humains sur cette Terre

Pourquoi et comment « être autrement humains sur cette Terre » ?

Parce que je me questionne, depuis toujours, à propos du choix que nous avons fait, en Occident, de préférer aux richesses perceptuelles dont nous a doté le vivant, nos richesses intellectuelles. Nous avons remis les clés de nos vies et de nos organisations à nos raisonnements logiques, excluant nos aptitudes sensibles, créant ainsi ce que le mental est apte à créer : des catégories, des hiérarchies, des cloisonnements en nous-mêmes, entre nous et avec le Tout.
Prouesses technologiques, efficacité organisationnelle en situation stable, standardisations, … sont les bénéfices que nous en avons tirés. Mais ce choix a également entraîné de la perte de sens, de la rigidité, une faible résilience en situation fluctuante et des crises systémiques inévitables car le vivant n’est ni cloisonné ni mécaniste, mais profondément sensible, agile et connecté.

Peut-on changer de culture et réapprendre à nous relier sensiblement à nous-même, aux autres, à l’ensemble du vivant, humain et non-humain, pour vivre mieux, ensemble, sur cette Terre ?


C’est ce qu’adn souhaite apporter au monde.

Coopération dans le Vivant tronc d'abre et lichen
Champignon forestier

Mes sources

Je prépare actuellement un ouvrage sur ces sources croisées dont le titre est Tout tourne rond sur cette Terre, nous sommes les seuls à l’ignorer. Et le sous-titre : Inspirés du Vivant, des Peuples Racines et de la Permaculture, changeons de culture. Il paraîtra aux Editions Yves Michel, en mars 2021.

Le Vivant

Voilà 3,8 milliards d’années (soit 47 500 000 fois plus que nos existences moyennes de 80 ans) que la vie est apparue sur Terre. 3,8 milliards d’années dont deux tiers de vie microbiologique et juste quelques 200 000 ans pour Homo Sapiens. Autant de milliards d’années de recherche et développement, d’essais, d’erreurs, et de réussite de son test de durabilité en tant qu’écosystème global auto-dynamique.

La vie crée et entretient les conditions de la vie, à chaque instant.

Nos travaux de recherche, Gauthier Chapelle, biologiste et biomiméticien et moi, qui consistaient à établir des parallèles entre les stratégies retenues par le Vivant pour assurer sa pérennité et les pratiques d’Intelligence Collective, nous ont amenés à conclure que la Raison d’Être du Vivant pourrait bien ressembler à « Rester vivant, ensemble, et se reproduire ». « Ensemble » faisant toute la différence avec notre schéma culturel.
De cette Raison d’Être découle son fonctionnement d’immense toile d’interconnexions entre règnes et espèces et les stratégies interrelationnelles retenues : molécules de base communes, diversité, coopérations, intelligence collective, symbioses, … La compétition existe également mais est plutôt marginale et s’exprime essentiellement à l’intérieur des espèces et en situation d’abondance. Classée dernière dans le tableau des relations entre espèces, cette stratégie est peu retenue par le vivant car trop coûteuse en énergie et porteuse de risques pour ses protagonistes.

Tableau des relations entre espèces

Les + représentent des interactions positives, les 0 des interactions neutres, les – des interactions négatives pour l’une des deux ou les deux espèces.

Et ce Vivant, nous en sommes partie et héritiers, malgré notre illusion de séparation.

Le Vivant possède donc un fonctionnement systémique, basé sur la prépondérance des interrelations entre les différents éléments de l’ensemble. Des interrelations qui font l’évolution et l’innovation, à force de se frotter les uns aux autres, de jouer avec les contraintes du milieu. Tout y est relié, de l’infiniment petit bactérien, à l’infiniment grand.

Or, depuis le siècle des Lumières, nous avons fait le choix méthodologique de l’analyse pour « comprendre le tout par l’observation des parties ». Cela nous a mené à classer, séparer plutôt que relier. Nos cursus d’éducation et de formation qui ne mêlent pas ou peu les matières et cloisonnent plus tard les expertises sociales, environnementales, biologiques, historiques, en sont les héritiers … La limite de ce choix est qu’il nous a bien mal outillés pour apporter une réponse adaptée au souci global qui est le nôtre aujourd’hui et que notre vision morcelée du monde est probablement ce qui nous a menés là où nous en sommes.

Approche analytique et approche systémique du monde

Les Peuples Racines

Qu’ils soient d’Amérique du nord, du sud, d’Australie, de Mongolie, d’Afrique, qu’ils soient donc Kogis, Navajos, Hopis, Aborigènes, Mongoles, … ils ont en commun d’avoir gardé et d’entretenir la conscience incarnée de leur appartenance au Vivant, visible et invisible. Perception d’inclusion qui était la nôtre aussi,  il y a bien longtemps.

De leur conscience aiguë d’appartenance, comme toutes les autres espèces, à l’écosystème Terre, nourrie de leurs observations séculaires, de leurs perceptions sensibles, de leurs transmissions, découle leur cosmogonie et l’ensemble des principes qu’ils se sont fixés : une vision circulaire du cycle de vie-mort-vie, y compris la leur, une conscience de leur responsabilité en tant que gardien de ce Vivant qui dépasse la durée de leurs existences et qu’ils veillent à laisser dans le meilleur état « jusqu’à la septième génération », une relation à la nature tissée d’un profond respect, d’une immense gratitude. Une recherche constante de s’inscrire dans la continuité du Vivant, de l’accompagner, de participer à son évolution naturelle, à sa fécondité.

Une intégration fine de la toile d’énergie, d’invisible, d’intangible, de mystère qui sous-tend l’ensemble de la création et des pratiques personnelles et collectives qui soutiennent cet espace où, pour eux, tout naît, avant de se manifester dans la matière, les équilibres comme les déséquilibres, les maladies, les harmonies, …

Une conscience aiguë d’eux-mêmes en tant qu’acteurs de tout cela, en soi, avec les autres, avec le Tout.

Le Vivant comme inspiration nuhé Kogi

Nuhé kogie. « La « Nuhé » est une construction circulaire, de 7 à 9 mètres de diamètre, surmontée d’un toit conique et de deux portes basses opposées. Elle est construite selon un processus rigoureux qui permet un assemblage précis de pierres, troncs, lianes, palmes, … Elle est un modèle explicatif, support pédagogique d’explications du cosmos et de la transmission de l’héritage culturel de la communauté où chaque pièce, chaque composante de la construction est porteuse de sens, de symbole et joue le rôle de support mnémotechnique. Elle est aussi un utérus, corps de la Mère universelle créatrice de toute chose. En pénétrant dans ce lieu, l’homme retrouve immédiatement l’ambiance utérine, celui du lieu le plus sûr, protecteur. » Eric Julien, Empreintes Kogis, L’École de la Nature et des Savoirs

De nombreuses recherches scientifiques attestent leurs perceptions … mais ce qui fait aussi, à mon sens, la différence entre eux et nous est que notre connaissance du Vivant reste livresque, notre approche scientifique et froide tenant l’expérience à distance et ne faisant appel qu’à notre mental. Ces peuples ont en commun d’avoir développé et cultivé une connaissance par les sens, l’expérience, l’intuition, … Une intimité avec le Vivant, un savoir « chaud », chevillé au corps. C’est l’ensemble des ressources de l’être qu’ils sollicitent dans la création de connaissances : les ressentis, les émotions, les perceptions, les intuitions, et le mental.

La permaculture

David Holmgren et Bill Mollison, tous deux australiens, alertés déjà dans les années 70 par les dégradations environnementales et sociales que notre culture capitaliste faisait subir au vivant, ont cherché quel saut culturel nous permettrait de devenir une espèce soutenable. Ils se sont, pour cela, inspirés des deux précédentes sources : le Vivant, son fonctionnement et ses stratégies, et la conscience et les pratiques des Peuples Racines.

Ils sont ainsi parvenus à synthétiser ce qui est, à mon sens, un magnifique mode d’emploi du Vivant pour nos cultures occidentales : la permaculture.

Son éthique tient en 3 points :

Sa mise en application repose sur 12 principes :

Prendre soin de la Terre
Dont nous sommes totalement dépendants
Prendre soin des humains
De leurs corps et de leur conscience car plus nous serons conscients et mieux nous prendrons soin de la Terre
Fixer des limites à la démographie et à la consommation et redistribuer les surplus
Parce que sur un espace fini, le développement infini est un non-sens

Observer et interagir

Intégrer au lieu de ségréguer

Ne produire aucun déchet

Favoriser les solutions lentes et à petite échelle

Appliquer l’auto-régulation et accepter la rétro-action

Capter et stocker l’énergie

Se servir de la diversité et la valoriser

Utiliser les ressources et services renouvelables

Utiliser les bordures et valoriser les marges

Obtenir une production

La conception des motifs au détails

Face au changement, être inventif

Depuis les années 70, c’est essentiellement l’axe agricole qui a bénéficié du développement de pratiques permaculturelles, avec des exemples, en France, comme la Ferme du Bec Hellouinla Ferme du Bouchot, … mais ses fondateurs envisageaient bien une application de cette philosophie de vie sur Terre à toutes les sphères de notre existence, du potager à la santé, en passant par la gouvernance et le développement personnel.

Fleur de la permaculture

Personnellement, j’en ai d’abord appliqué les principes au potager pendant de nombreuses années avant de me rendre compte qu’ils sous-tendaient l’ensemble de mes pratiques en Intelligence Collective.

Potager en permaculture
Potager en permaculture

Aujourd’hui, je m’en sers comme socle dans mes accompagnements en gouvernance participative et travaille à l’écriture d’un ouvrage sur ces sujets entrecroisés qui sortira dans le courant 2020.

Une trame commune à tout cela

Finalement, quand on observe ce qui fonde le Vivant, les Peuples Racines, la permaculture, mais aussi, les pratiques d’Intelligence Collective, … on se rend compte d’une attitude commune, celle adoptée par la Vie qui crée et entretient sans cesse les conditions de la Vie :

Prendre soin, prendre soin, prendre soin pour obtenir des résultats qui, à leur tour, prennent soin.

Prendre soin trois fois car, parmi les stratégies adoptées par mes 3 inspirations ci-dessus, un plus grand nombre d’entre elles ont pour but de prendre soin.

Cette posture est l’inversion parfaite de notre culture où Obtenir des résultats coûte que coûte » domine et où « prendre soin » est relégué à tenter de réparer les dégâts.

Par essence, ce choix culturel et organisationnel est intenable car extrêmement coûteux en énergie et en matière et crée des conditions de rareté et de survie là où le Vivant n’a prévu qu’abondance. 

Il semble que nous ayons perdu, en chemin, le lien avec la Raison d’Être du Vivant dont nous sommes issus … Prendre soin de rester vivants, ensemble.

Comment l’Intelligence Collective répond-elle ?

Les pratiques d’Intelligence Collective cherchent à rendre cet « ensemble » possible et fécond. Elles cherchent d’abord à prendre soin, par l’observation du contexte et des parties prenantes, l’intégration des besoins, contraintes, intelligences, talents, … en présence. 

On va y favoriser la diversité des compétences, des regards, gage de plus d’innovation. 

On y prend soin du cadre de sécurité proposé par les fondamentaux de la facilitation qui créent pour chacun un espace d’équité, de responsabilité et de liberté d’exprimer ce qu’il a à exprimer, au bon moment, c’est-à-dire, à celui du processus où ce qui sera partagé pourra être entendu, traité, intégré … Pour en finir avec les choses à moitié dites, entre deux portes, qui ne servent à personne.

On va y prendre soin de la production du groupe. L’Intelligence Collective vise d’abord à obtenir un résultat qui dépasse le collectif tout en l’incluant.

Et cette production obtenue dans l’écoute, le respect, l’intégration des idées de chacun (même si l’on traite ainsi des sujets délicats) va, à son tour nourrir et prendre soin des relations entre les personnes d’où sont naturellement bannis les jugements destructeurs, le mépris, la ségrégation, la compétition, … De quoi renforcer la trame de confiance et la résilience d’un collectif bien plus apte, ensuite, à traverser ensemble les tempêtes.

On va aussi y être extrêmement sensible aux signaux faibles du groupe, à l’énergie circulante ou stagnante, à ce qui ne s’exprime pas totalement ou pas tout de suite. Inviter tout cela à venir danser avec le vivant du groupe, quitte à retarder l’avancée d’un projet. Solutions lentes et à petite échelle mais qui favorise un ancrage de chaque étape permettant de faire de vrais sauts collectifs.

Pratiquer l’Intelligence Collective et l’utiliser pour son usage ultime qu’est la gouvernance participative, c’est donc non seulement accepter l’héritage culturel du vivant mais s’y réinscrire, dans le sensible, le tangible, tout autant que l’intangible, pour produire, ensemble, quelque chose de supérieur à l’addition des parties.

Coopération dans le Vivant tronc d'abre et lichen